Auteur de publications et d’ouvrages dont la référence Tout savoir sur le narguilé, Dr Kamal Chaouachi, a accepté de répondre aux questions de UnAirNeuf.org : nous l'en remercions.
Déclaration de liens d’intérêt de Dr Chaouachi (15.09.2011)
Dr Kamal Chaouachi déclare n’avoir ni n’avoir jamais eu aucun lien d’intérêt ni avec l’industrie pharmaceutique au sens du décret 2007-454 du 25 mars 2007 (Art. R. 4113-110 ; thérapies de « substitution » de la nicotine), ni avec les industriels du tabac.
Parce qu’il avait, très tôt, constaté que la grande majorité des substances toxiques présentes dans la fumée du narghilé - à commencer par le monoxyde de carbone (CO) - provient, à 90 %, du charbon utilisé pour le chauffage du mélange inhalé, Kamal Chaouachi a participé en 2005 à la conception et au développement d’un dispositif fonctionnant avec une source de chauffage alternative (électricité, puis gaz), dans une visée de réduction des risques. Il a quitté ce projet (droits d‘invention compris) le 15 juin 2005, date à partir de laquelle il s’est engagé dans une série de publications critiques, notamment sur le rapport de l’OMS sur le narghilé.
Dès lors ses recherches et publications scientifiques ont été autofinancées. Avec une certaine ironie Kamal Chaouachi souligne que s’il avait hurlé avec les loups contre le narghilé, comme le font la plupart des auteurs d’articles sur le sujet qui bénéficient de l’appui de l’industrie pharmaceutique, laquelle soutient le gros des recherches sur le tabagisme à travers le monde, il aurait eu l'opportunité d'occuper des postes prestigieux : au sein de Ministères de la Santé, comme expert près l’OMS, etc. Une chercheure de l’INSERM en France, lui dit un jour que contester le dogme en vigueur - comme il l’a fait notamment dans sa critique du rapport de l’OMS - équivalait à un suicide… Il a opté pour l’intégrité scientifique dans l’indigence et l’incertitude plutôt que le déshonneur scientifique et la duperie systématique dans un confort matériel assuré par l’argent.
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UnAirNeuf.org : Comment caractériser un consommateur régulier de narguilé ?
En dehors de l’Afrique et de l’Asie, toutes les études ces dix dernières années montrent des consommateurs fumant en moyenne un à deux narghilés au tabamel - qui est un mélange de mélasse, d’humectants et d’essences pour les arômes avec 30 % de tabac - par semaine. Cela fait, dans l'année, entre 52 et 104 pipées.
En termes techniques, on compte en narguilé-années : 1 NA= 1 narguilé par jour pendant un an. La consommation moyenne se situe entre 0,14 narguilé-année (1 jour sur 7) et 0,28 NA (2 jours sur 7). Sur une période de 10 ans, cela fait un cumul entre 1,4 NA et 2,8 NA.
Une étude indépendante menée en Tunisie (sur des fumeurs réguliers d’un produit de type jurak, non pas de tabamel) révèle des individus - certains anciens fumeurs de cigarette - ayant une carrière caractérisée par 14 NA (médiane) [1]. Dr Helmi Ben Saad précise : « Il est recommandé de définir comme fumeur régulier de narguilé ceux ayant une consommation supérieure ou égale à cinq narguilé-année ».
Je pourrais également citer le cas d’une étude indépendante en Syrie (sur des fumeuses « lourdes » de tumbak, non pas de tabamel) révélant des femmes fumant jusqu’à plusieurs narguilés par jour des années durant. A ce niveau, les pathologies pulmonaires (BPCO) semblent rejoindre celles des fumeurs de cigarettes.
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UnAirNeuf.org : Dans quelle mesure pourrait-on conseiller de se rabattre sur un usage exclusif du narghilé pour se libérer de sa dépendance au tabagisme ?
Comme le rendement en nicotine du narghilé au tabamel est faible, les fumeurs réguliers de cigarette sont souvent déçus par le narghilé. On peut en voir certains poser le tuyau sur la table et s'allumer une cigarette, avant même la fin d’une séance…
Quelques études menées en Asie ont montré que - comparativement aux niveaux de nicotine (et de cotinine) observés chez les fumeurs de cigarettes - ceux de fumeurs de certains produits (jurak, tumbak) n’étaient pas aussi tranchés que dans le cas du tabamel. Bref, on pouvait conclure de ces études que les fumeurs de cigarettes pourraient « y trouver leur compte » de nicotine s’ils pouvaient y dédier le temps nécessaire : être rentier ou chômeur et fumer jusqu’à dix pipées quotidiennes de jurak ou tumbak. Ces individus existent mais… dans les régions plutôt rurales d’Asie et d’Afrique. Ils intéressent peu la recherche anti-fumeurs ciblée sur les pays solvables développés. Par ailleurs, les produits en question ne sont pas disponibles dans nos contrées.
Même si cet aspect a très souvent été exagéré, il ne faut pas oublier qu’un narghilé fonctionne avec du charbon incandescent et que sa fumée contient, par conséquent, plus de monoxyde de carbone que celle d’une cigarette. Dans le cas d’un narghilé quotidien fumé dans un endroit ventilé les choses peuvent toutefois se valoir puisque le monoxyde de carbone (CO) est évacué assez vite par l’organisme [2].
Vous me voyez insister en permanence sur l’indépendance des recherches. En effet, pour ne prendre que l’exemple du benzo[a]pyrène, une substance cancérigène, une étude récente a trouvé des niveaux vingt fois inférieurs à ceux divulgués par l’équipe de l’US-American University of Beirut, équipe de référence pour l’OMS, financée par l’industrie pharmaceutique et celle du tabac.
Une méthode scientifiquement très malhonnête pratiquée par les chercheurs anti-fumeurs et relevant du domaine du cirque et des illusionnistes consiste à comparer quantitativement :
- une séance de narghilé (au tabamel) d’une heure environ avec,
- la consommation d’une (1) seule cigarette (de l’ordre de 5 minutes).
Les résultats comparatifs sont présentés de telle manière que le lecteur - souvent naïf même quand il s’agit d'un professionnel de santé - croit que l’on a comparé un usage de 20 à 40 cigarettes par jour à celui d’un narghilé par jour (ou par semaine) et que cela est valable pour toutes les formes de pipes à eau du monde. Le substantif « waterpipe » est caractéristique de ce nominalisme : dans la réalité, les usages varient grandement.
Il conviendrait aussi d'étudier, dans le cadre de recherches indépendantes et sérieuses, l'impact des hydrocarbures polycycliques aromatiques (HAP) principalement produits par le charbon et celle des aldéhydes, principalement dus aux glucides présents dans le tabamel. Des moyens simples de réduire leur risque mériteraient d’être connus.
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UnAirNeuf.org : À votre avis, pourquoi les anti-fumeurs profèrent-ils autant de contre-vérités sur le narghilé ?
Tout d’abord, pour une raison physique : les volumes de fumée sont beaucoup plus importants. Les anti-fumeurs qui, depuis une vingtaine d’années, terrorisent les usagers de cigarettes se sont vus soudain eux-mêmes terrorisés à la vue des importants nuages de fumée produit par le narghilé. De là leur réaction hystérique que la manipulation du rapport de l’OMS (2005) par les « experts »ad hoc a particulièrement nourrie [3, 4].
Ensuite, et ce point me paraît le plus important, c’est que le narghilé nous vient d’Orient et qu’il ne sied pas que l’on fume ainsi à une époque - qui n’est plus celle de la reine Victoria ou du roi Louis XIV - où une grande partie du monde est devenue la cible d’une croisade menée au nom de « la lutte contre le terrorisme ». Des reportages télévisés ou disponibles sur la Toile montrent ainsi des fumeurs de narguilé (quand ce ne sont pas des tessons de verre de ces mêmes pipes….) près des endroits où les armées de l’OTAN larguent leurs bombes : de l’Afghanistan en 2001 à l’innommable guerre contre la Libye aujourd’hui sans oublier l’Irak [5]. Même le prestigieux British Medical Journal a récemment versé dans la haine de l’Autre en publiant récemment un point de vue du Dr Liam Farrell intitulé The prophet of nudge (critiqué ici).
Un professeur de la Sorbonne me dit un jour que, d’une manière très intéressante, mon terrain de recherche couvrait ce qu’il appelait « la faille géostratégique ». En effet, ceci expliquerait aussi pourquoi la recherche en sciences sociales est restée muette sur le narguilé. Pourtant, l'objet et les relations sociales qui l’entourent sont bien visibles. Les Sciences Humaines ont ainsi laissé, sans jamais réagir, le champ libre à une approche exclusivement médicalisée, excessivement positiviste et politisée (anti-fumeurs). Un tel silence, une décennie durant, équivaut à une forme d’acquiescement, voire de lâcheté et de complicité.
Les chercheurs anti-fumeurs (de l’OMS en particulier) ont cru à « la fin de l’Histoire » après avoir clamé à tout vent qu’un narguilé = 200 cigarettes [3] ; ou 450-900 cigarettes selon la BBC [6] ou 100, puis 40… pour le couple de plagiaires Bertrand Dautzenberg et Jean-Yves Nau. Ces derniers ont propagé le mensonge que la fumée du narghilé contiendrait, comme celle de la cigarette, près de 4000 substances chimiques (page 23 de leur « livre »). On retrouve d’ailleurs cette même erreur dans une brochure largement diffusée en France par l’OFT [7]. Or, des pharmacologues de l’Université Royale d’Arabie Saoudite en ont dénombré moins de 150 il y a de cela 20 ans (cf. l’article du Guardian). L’allégation des chercheurs anti-fumeurs invoquant une identité de nature entre deux objets chimiquement différents est donc scientifiquement fausse.
En fait, les chercheurs anti-fumeurs se sentent d’autant plus terrorisés qu’ils sont en train de se rendre compte par eux-mêmes (par leurs propres expériences) que la fumée du narguilé est moins toxique que celle de la cigarette : ceci est souligné depuis des décennies par des chercheurs indépendants de l’industrie pharmaceutique et de celle du tabac.
La recherche anthropologique montre que ce qu’il importe de considérer, ce ne sont pas les substances en elles-mêmes mais les usages (doux ou durs) qui en sont faits. Il y a des consommations douces du narghilé et il y a des usages durs. Fumer un narghilé par semaine, ce n’est pas comme s’y adonner cinq fois par jour. De même, un mésusage du charbon peut susciter l’inhalation de substances très toxiques (cf. la notion d’apprentissage dans le cadre d’une politique de réduction des risques).
Nous avons fait une mise au point au sujet de la nicotine. Rappelons que, contrairement à ce qu’affirme le rapport erroné de l’OMS [4], le tabamel ne fait pas l’objet d’une combustion comme dans le cas de la cigarette. Ce détail a des conséquences chimiques immenses. Pour ne prendre qu’un exemple récent, des chercheurs allemands ont découvert que les niveaux de nitrosamines (les substances les plus dangereuses dans le goudron) étaient beaucoup moins importants dans la fumée du narghilé (comparativement à la cigarette), ceci malgré des efforts pour « pousser » une machine à fumer le narghilé à produire le maximum de produits toxiques.
Pour terminer, il me semble important de rappeler que l’industrie du tabac (celle de la cigarette) est complice (par son silence et son financement aussi) de l’industrie pharmaceutique, dans la campagne mondiale anti-scientifique contre le narghilé (voir les deux références fournies au début). Les chercheurs anti-fumeurs de l’OMS, auteurs du rapport erroné sur le sujet, ont eu beau jeu de dénoncer l’industrie du tabac alors qu’ils ont été financés par elle… Quelle est leur crédibilité scientifique et morale ? Ces mêmes « experts » de la « waterpipe » sont actuellement financés à hauteur de plusieurs millions de dollars en vue d’une « régulation » de l’usage du tabac (via l’OMS/WHO TobReg) : interdictions, images et messages erronés sur les pipes, accessoires et paquets de tabamel, etc. Il s’agit sous prétexte de science au service de la « santé publique » d’une atteinte aux libertés [8]. Nous sommes en présence d’un totalitarisme - hygiéniste en l’occurrence - dont le prisme — trouble-fête — du narghilé permet de révéler les contours hideux.
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UnAirNeuf.org : Dans quelle mesure la consommation de narguilé conduit-elle au tabagisme ?
Des chercheurs anti-fumeurs s’évertuent en vain à démontrer que l’usage du narghilé conduit quasi-nécessairement à celui de la cigarette (théorie du tremplin) ; en anglais : « Hookah smoking is a gateway to cigarette use ».
Citons par exemple Bertrand Dautzenberg (Office Français du Tabagisme) et Jean-Yves Nau (collaborateur à la Revue Médicale Suisse et au journal Le Monde) dans leur « livre » à la page 58 et en caractères gras… [9, 10, 11] :
Le grand risque est que la chicha parvienne, progressivement, à se substituer à la cigarette ».
En effet, aussi bien l’industrie du tabac que l’industrie pharmaceutique courent un risque… Nombre de chercheurs anti-narghilé payés par l’OMS et affiliés au réseau Globalink (une organisation hermétique mondiale anti-fumeurs parrainée par l’industrie pharmaceutique) ont également publié des « études » financées par l’industrie du tabac [12-13] ! Même après de telles révélations, par moi-même et par le Pr Michael Siegel (Boston University), les auteurs ont tu cette source de financement, plutôt paradoxale pour des chercheurs anti-tabac. Il y a pire dans la violation de l’éthique de la recherche dans ce domaine.
Les revues scientifiques :
- Food & Chemical Toxicology (quatre études),
- Inhalation Toxicology (cf. Chaouachi K. Letter to Dr Donald Gardner datée du 7 décembre 2010 et correspondance en ligne du 16 décembre 2010, une étude) et,
- Atmospheric Environment (une étude, sur le « tabagisme passif » du narghilé)
et les groupes d’édition correspondants (Elsevier pour 5 études, et Informa Health Care pour 1 étude) ont considéré, soit explicitement (correspondance), soit par leur silence (après nos révélations), qu’un tel conflit d’intérêt ne posait pas problème (sic).
Il apparaît que Big Pharma et Big Tobacco, présentés comme concurrents, ont en fait un intérêt commun dans leur lutte, coûte que coûte, contre le narghilé :
- d’une part, l’industrie pharmaceutique désire commercialiser ses produits (timbres à la nicotine, Zyban, Champix, etc.) auprès des amateurs de narghilé et ambitionne de faire accepter que ces derniers soient considérés comme dépendants ;
- d'autre part, les fabricants de cigarettes perçoivent le narguilé comme une alternative concurrente à leurs produits créant, eux, une dépendance rapide.
Ces derniers mois, le flot de publications pseudo-scientifiques sur le narghilé - conforté par des décisions de justice arbitraires aberrantes et de nature prohibitionniste [14], amplifié par la propagande si caractéristique des grands médias - BBC, Al-Jazeera, New York Times, entre autres - a atteint des sommets de violence contre les faits sans que jamais des excuses ne soient présentées, même après révélation des brèches déontologiques. Récemment, un centre de santé britannique a révélé au journal The Guardian que la BBC a publié un article sur la « shisha » qui était en fait mensonger [15].
Les parallèles avec la guerre en cours depuis six mois contre la Libye sont saisissants. Par exemple, des enquêtes approfondies (notamment par l’équipe de Michel Collon) ont montré comment le chiffre fabriqué des 6000 « victimes du kadhafisme passif » visait à justifier la protection des civils par l’imposition de sanctions criminelles [16-18]. Ce chiffre frappant de 6000 semble doté d’une certaine vertu symbolique ces dernières années puisqu’un rapport européen statistiquement manipulé annonçait « 6000 victimes du tabagisme passif » afin de justifier la la mise en place de mesures quelque peu liberticides pour la protection des civils non-fumeurs [19]. Bref, les mêmes techniques de propagande ou de guerre psychologique utilisent les mêmes effets.
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UnAirNeuf.org : Quelle est la probabilité de devenir dépendant au tabagisme après avoir fumé le narghilé ? Une fois ? Six fois ? Cent fois ?
Malgré le grand nombre d’études, généralement pseudo-scientifiques, sur le narguilé, il n’existe à ce jour aucune donnée évaluant le risque de dépendance. Par contre, les témoignages anthropologiques dans le cadre d’enquêtes de terrain menées par des chercheurs sérieux et indépendants ont tôt révélé que la majorité des usagers n’étaient pas dépendants.
En dépit de leurs nombreuses limites, les enquêtes épidémiologiques montrent qu’environ 80 % des usagers de narghilé ne sont pas dépendants [20]. Les données d’enquêtes journalistiques (dans des salons de thé) confirment cette proportion.
Que ce soit après « une fois », « six fois », ou « cent fois », les mêmes réponses tombent :
« Je ne suis pas dépendant » ou encore,
« Je suis resté un mois sans fumer sans jamais ressentir le moindre manque ».
Toutefois, il est très important de souligner que nous parlons ici de la forme moderne du narghilé, celle dont l’usage connaît un engouement mondial : le narguilé servi avec du tabamel (moassel en langue arabe, c'est-à-dire miellé). Il s’agit d’un mélange de tabac (environ 30 %) et de mélasse (environ 70 %) auquel s’ajoutent un ou des humectant(s) comme le glycérol et des essences de fleurs ou de fruits. La fumée résultant du chauffage de ce produit est principalement composée d’eau et de glycérol, ce que les études anti-fumeurs ont laissé sous silence pendant une dizaine d’années.
Les principaux autres produits consommés sont :
- le tumbak (tabac pur lavé et tassé dans le fourneau) et
- le jurak (sorte de tabamel non aromatisé et très fort en nicotine, tout comme le tumbak).
Ces derniers, quasi inexistants en dehors de l’Asie et de l’Afrique, se fument un peu comme le cigare : les volumes et la fréquence des bouffées sont peu élevés. Ces produits peuvent engendrer une dépendance mais la recherche des chercheurs anti-fumeurs anglo-saxons [21] s’intéresse peu à la santé publique des populations d’Asie et d’Afrique. Si c'était le cas, on trouverait des études spécifiques de ces produit dans le flot continu de publications depuis dix ans.
Par ailleurs, les chercheurs anti-fumeurs ont généralisé une confusion par l’utilisation nominaliste et anti-anthropologique d’un terme « waterpipe » (en un seul mot), supposé décrire de manière uniforme toutes les pipes à eaux du monde en dépit de leur grande diversité matérielle et culturelle, avec des conséquences en termes de composition chimique de la fumée. L’emploi systématique de ce terme - véritable code de guerre sociologique et éditorial - a même conduit à l’invalidation d’études ne reflétant pas la réalité.
La quasi absence de dépendance au narghilé (servi avec du tabamel, permettez-moi d’insister) s’explique par plusieurs facteurs :
1 - Facteurs sociaux, culturels et psychologiques
Les facteurs sociaux, culturels et psychologiques jouent : les interactions, le rituel, les dimensions liées à l’exercice de la parole (donc en rupture avec une fume continue), les moments ludiques d’une situation (« faire des bulles ») et, surtout, le temps long (une séance de fume dure aisément une heure). Tous ces aspects ont été analysés en détail dans une thèse de doctorat dont a été tiré le livre Tout savoir sur le narguilé. Société, culture, histoire et santé [22] avant l’irruption de l’objet dans la post-modernité et ses dérives totalitaires.
Dans leurs tentatives de modélisation, les chercheurs anti-fumeurs se sont heurté à la difficulté de reproduire la fume en laboratoire avec des machines à fumer tirant par exemple une bouffée d’un demi-litre toutes les 17 secondes pendant une heure. Ils ont opté pour une approche réductionniste en faisant une moyenne (en fait, un savant calcul intégral) d’un comportement humain couvrant une heure entière… Or, de telles méthodes appliquées à la cigarette - dont la consommation ne dure que quelques minutes - ont été vivement critiquées par les tabacologues les plus respectables pour distorsion de la réalité de la fume. Enfin, et c’est très important, les cobayes fumeurs se savaient observés, ce qui implique un biais dû à une sur-ritualisation (faking good behavior).
J’ai fait remarquer dans une critique détaillée que l’intervalle moyen entre deux bouffées - c'est très important en tabacologie parce que la nature et quantité des goudrons dépendent directement de ce paramètre - pouvait énormément varier en fonction du contexte anthropologique et de l’effet de l’environnement sur le fumeur [23]. Ainsi, Lalwani, un chercheur étatsunien en psychologie sociale, a découvert récemment que le biais de nombreuses enquêtes et études de terrain peut être diminué par la prise en compte de l’occupation cognitive. Lalwani a indiqué comment une simple musique de fond peut rendre les résultats plus réalistes [24]. Or, les fumeurs de narghilé sont bien connus pour bavarder durant une heure entière, ou écouter de la musique ou encore regarder la télévision. J’ai fait remarquer comment, dans une expérience menée par les mêmes chercheurs anti-fumeurs, et dans laquelle les volontaires fumaient en regardant un programme audio-visuel, l’intervalle moyen entre deux bouffées triplait soudainement… Ce fait démontre qu’un fumeur de narghilé n’est pas un robot. Il ne fait pas que fumer continuellement, avec les conséquences thermochimiques que l’on sait.
2 - Facteurs pharmacologiques
Même des études menées par les chercheurs anti-fumeurs mandatés par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) ont montré que qu’une séance de narghilé (au tabamel) de 45 minutes ne délivrerait au fumeur pas plus de nicotine dans le sang qu’une seule cigarette (1,7 fois après correction du modèle pharmacocinétique). Très récemment, d’autres chercheurs anti-fumeurs ont montré que le niveau de nicotine plasmatique est jusqu’à 4 fois inférieur à celui de fumeurs de cigarettes (11 mg/ml contre 41 mg/ml). Les mesures de cotinine urinaire (résultant de la dégradation de la nicotine) ont confirmé ces constats. L’hypothèse d’un risque élevé de dépendance (leitmotiv des chercheurs anti-fumeurs) met en relief une de fois de plus le caractère paradoxal et absurde des équations du type « 1 narghilé = 10 à 200 cigarettes » issues de la littérature de ces mêmes chercheurs [20].
Suite à une publication sur le risque minimal de dépendance causé par la cigarette (une seule bouffée peut-elle être rendre un adolescent dépendant ?)[25], j’ai posé la même question au Harm Reduction Journal, sous forme d’un commentaire en ligne il y a plusieurs mois, en usant de ces arguments. À ce jour, le rédacteur en chef ne veut ni approuver ni refuser ce commentaire, peut-être par peur d’un débat. Quoi qu’il en soit, il s’agit de censure : on peut constater que les chercheurs anti-fumeurs s’intéressent de plus en plus à ce journal dans lequel ils publient régulièrement des études anti-tabac (sur le Snus° notamment et aussi sur le narguilé). Ces dernières sont bourrées d’erreurs très graves : elles ne sont relues que par des pairs eux-même anti-fumeurs, ce qui entraîne une confusion générale au sujet du narghilé. Je vous renvoie à deux « études » au format Globalink [26-28] publiées par une équipe jordanienne dans ce même journal appelant, en l’absence de base scientifique crédible, à des interdictions et encore des interdictions…
En résumé, la dépendance au narghilé (au tabamel aromatisé) est une mystification.
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UnAirNeuf.org : Êtes-vous fumeur régulier de cigarette ou de cigare ?
KC : Non, ni l’un ni l’autre ; ni même de narghilé !
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Références
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- Snowdon, Chris. Shisha Madness: BBC and Department of Health accused of "gross exaggeration" in shisha story. 25 Aug 2009.
- Action on Smoking and Health (ASH). Shisha 200 times worse than a cigarette say Middle East experts. 27 March 2007 (prepared by Martin Dockrell) - Sub-heading: “Three leading experts from across the Middle East have warned that excluding “shisha bars” when England goes smokefree on July 1 could worsen the grave inequalities in health that already affect ethnic minorities.”
- Chaouachi K. A Critique of the WHO's TobReg "Advisory Note" entitled: "Waterpipe Tobacco Smoking: Health Effects, Research Needs and Recommended Actions by Regulators. Journal of Negative Results in Biomedicine 2006 (17 Nov); 5:17. Doi:10.1186/1477-5751-5-17
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- Hayes, Patrick. Big trouble in ‘Little Cairo’. Spiked online 2009 (3 Sep)
- OFT (Office Français du Tabagisme ; président et spécialiste de la chicha : Bertrand Dautzenberg). Brochure sur la chicha, 2007.
- Snowdon, Chris ; A Global Prison ? An interview with Dr Kamal Chaouachi. Velvet Glove, Iron Fist 2009 (8 Apr 2009)
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- Zaga V. Plagiarism in biomedical sciences: a bad habit that needs to be rooted out [Il plagio in campo medico-scientifico: un malcostumbre da estirpare]. Tabaccologia 2009;4:5-7. (pdf)
- Chaouachi K. Big Tobacco & Big Pharma Against "Oriental" Hookah Outsider:Evidence about One Undeclared Funding Source of WHO Shisha (““Waterpipe””-Coded) Antismoking Research. Knol 2011 (25 Mar).
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- Smoking shisha: how bad is it for you? It is growing in popularity but some experts say a single shisha session is the same as smoking 200 cigarettes. Huma Qureshi, The Guardian; Monday 22 August 2011
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“In March, the BBC published a news story claiming that GPs in Leicester "are seeing an increase in teenagers with health problems linked to shisha pipe smoking". But Leicester PCT [Primary Care Centre] now says the story was erroneous; while it maintains the number of teenagers in the city smoking shisha is on the rise, it says GPs have not confirmed an increase in treating patients with health problems caused directly by shisha.”
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